Aphasic Depression Rating Scale (ADRS)

Évidence révisées en date du 01-03-2011
Auteur(s)* : Lisa Zeltzer, MSc OT ; Nicol Korner-Bitensky, PhD OT ; Elissa Sitcoff, BA BSc ; Katie Marvin, MSc, PT Candidate
Version française en traduction libre : Andréanne Labranche

But

L’Aphasic Depression Rating Scale (ADRS) a été développée pour détecter et mesurer la dépression chez les patients atteint d’aphasie durant la phase subaiguë de récupération d’un AVC.

Note : Le nom des instruments de mesure qui, en anglais, sont identifiés et nommés par des noms de genre féminin en français – ex. « Batterie » (Battery), « Catégorie » (Category), « Échelle » (Scale, Ladder), « Évaluation » (Assessment) ou « Mesure » (Measure) – sont traduits en français par le genre féminin.

Revue détaillée

But de l’outil de mesure

L’Aphasic Depression Rating Scale (ADRS) a été développée pour détecter et mesurer la dépression chez les patients atteint d’aphasie durant la phase subaiguë de récupération d’un AVC.

Versions disponibles

L’ADRS a été développée par Benaim, Cailly, Perennou et Pelissier en 2004.

Caractéristiques de l’outil

Items :

L’ADRS contient neuf items sélectionnés à partir de la Hamilton Depression Rating Scale (HDRS – Hamilton, 1967), de la Montgomery and Asperg Depression Rating Scale (MADRS – Montgomery & Asberg, 1979) et de la Salpetriere Retardation Rating Scale (SRRS – Dantchev & Widlocher, 1998).

Les items mesurent l’insomnie, l’anxiété (psychique et somatique), les symptômes somatiques (gastrointestinal), l’hypocondrie, la perte de poids, la tristesse apparente, l’expression du visage (lenteur de la mobilité faciale) et la fatigabilité.

Cotation :

L’ADRS est cotée en additionnant les scores individuels de chaque item pour un score total sur 32. Chaque item est coté différemment (Voir le tableau des cotations détaillées ci-dessous):

Item Score
1. Insomnie-Moyenne 0 = Aucune difficulté.
1 = Le patient indique qu’il est agité et perturbé durant la nuit/ un sommeil perturbé est observé.
2 = Le patient se réveille durant la nuit; le patient sort de son lit pour une quelconque raison (sauf pour aller à la salle de bain).
2. Anxiété – Psychique 0 = Aucune difficulté.
1 = Présence de tension et d’irritabilité.
2 = S’inquiète à propos de détails mineurs.
3 = Attitude appréhensive apparente dans l’expression faciale du patient ou dans son discours.
4 = La peur est identifiée (expression verbale/ non verbale) sans questionnement possible.
3. Anxiété-Somatique 0 = Absente.
1 = Faible.
2 = Modérée.
3 = Sévère.
4 = Incapacitante.
4. Symptômes somatiques-
Gastro-intestinal
0 = Aucun.
1 = Perte d’appétit mais continue à manger; sensations de lourdeur dans l’abdomen.
2 = Difficulté à manger (qui n’est pas due à une parésie du bras); demande/a besoin de laxatifs ou de médicaments pour l’intestin ou pour les symptômes gastro-intestinaux.
5. Hypochondrie 0 = Absente.
1 = Repli sur soi (physique).
2 = Préoccupations à propos de sa santé.
3 = Plaintes fréquentes, demandes d’aide, etc.
4 = Délires hypocondriaques.
6. Perte de poids 0 = <0,5 kg de perte de poids par semaine.
1 = 0,5 kg à 1 kg de perte de poids par semaine.
2 = >1 kg de perte de poids par semaine.
7. Tristesse apparente 0 = Aucune tristesse.
1 = Entre 0 et 2.
2 = A l’air découragé mais retrouve sa bonne humeur sans difficulté.
3 = Entre 2 et 4.
4 = A l’air triste et malheureux la plupart du temps.
5 = Entre 4 et 6.
6 = A l’air misérable tout le temps; extrêmement déprimé.
8. Expression-lenteur de la mobilité faciale 0 = La tête bouge librement, elle repose de manière flexible sur le corps et le regard explore la pièce, est fixé sur l’évaluateur ou encore sur d’autres objets d’une manière appropriée.
1 = Il peut y avoir une réduction de la mobilité mais il n’est pas facile de le confirmer avec certitude.
2 = La mobilité est réduite mais ne l’est que faiblement; le regard est souvent fixe mais est capable bouger; le visage, même s’il est monotone, est encore expressif.
3 = Ne bouge pas la tête/n’explore pas la pièce, regarde généralement le plancher, regarde rarement l’évaluateur; le patient est lent à sourire; l’expression du visage ne change pas.
4 = Le visage est complètement immobile et inexpressif
9. Fatigabilité 0 = La fatigabilité n’est pas indiquée de manière spontanée durant ou après un questionnement direct.
1 = La fatigabilité n’est pas indiquée spontanément, mais des évidences de sa présence apparaissent progressivement durant l’entrevue.
2 = Le patient est affligé par de la fatigabilité dans sa vie quotidienne (manger, se laver, s’habiller, monter des escaliers, ou autres activités physique que le patient est normalement capable de faire malgré ses déficits moteurs).
3 = La fatigabilité est telle que le patient doit cesser quelques activités.
4 = Arrêt presque total des activités car la fatigue est accablante.

Un score de seuil limite de 9/32 à l’ADRS est utilisé pour déterminer la présence de dépression chez les patients avec de l’aphasie. Les scores hauts indiquent des symptômes plus dépressifs.

Temps d’administration requis :

La quantité de temps nécessaire pour administrer l’ADRS n’a pas été documentée.

Sous-échelles :

Aucune.

Équipement :

Seuls une copie du test et un crayon sont nécessaires pour compléter l’ADRS.

Formation :

Il n’est pas indiqué clairement qu’une formation est requise pour administrer l’ADRS. Cependant, ce sont typiquement les professionnels de la santé travaillant sur l’unité de neuro-réadaptation qui administrent l’ADRS.

Versions alternatives de l’ADRS

Aucune publiée.

Clientèle cible

Peut être utilisé avec :

  • Les patients avec de l’aphasie causée par un AVC.

Ne devrait pas être utilisé avec :

  • Les individus qui sont peut-être dépressifs mais qui n’ont pas subi d’AVC ou qui n’ont pas d’aphasie. Pour ces patients, il existent d’autres outils qui mesurent la dépression et leurs propriétés psychométriques sont mieux vérifiées (ex. la Hamilton Depression Rating Scale (HDRS), l’Inventaire de Dépression de Beck (IDB), la Geriatric Depression Scale (GDS), etc.)

Dans quelles langues l’outil est-il disponible ?

L’ADRS est publiée en anglais seulement.

Sommaire

Que mesure l’outil ? La dépression
Pour quelles clientèles cet outil peut-il être utilisé ? Les patients avec de l’aphasie et qui sont en phase subaiguë de récupération d’un AVC.
Est-ce un outil de dépistage ou d’évaluation ? Évaluation
Temps d’administration requis Le temps nécessaire pour administrer l’ADRS n’a pas été documenté.
Versions Il n’y a pas de version alternative.
Other Languages Aucune autre que l’anglais.
Propriétés psychométriques
Fidélité Cohérence interne :
Aucune étude n’a examiné la cohérence interne de l’ADRS.

Test-retest :
Une étude a examiné la fidélité test-retest de l’ADRS et relevé un accord test-retest adéquat entre les items de l’ADRS en utilisant les statistiques kappa, et un excellent accord test-retest sur le score global de l’ADRS en utilisant des coefficients de corrélation.

Intra-juge :
Aucune étude n’a examiné la fidélité intra-juge de l’ADRS.

Inter-juges :
Une étude a examiné la fidélité inter-juges de l’ADRS et a relevé une excellente fidélité inter-juges sur les items de l’ADRS en utilisant les statistiques kappa, et une excellente fidélité inter-juges sur le score global de l’ADRS en utilisant des coefficients de corrélation.

Validité Construit :
Convergente/discriminante :
D’excellentes corrélations ont été relevées entre l’ADRS et l’évaluation psychiatrique de la dépression faite par les membres de l’équipe de réadaptation et la Hamilton Depression Rating Scale. Des corrélations allant d’adéquates à excellentes ont été relevées sur les scores de l’ADRS entre les résultats obtenus par des patients ayant subi un AVC à l’hémisphère droit et des patients ayant subi un AVC à l’hémisphère gauche.
Effets plancher/plafond Aucune étude n’a évalué les effets de plancher ou de plafond de l’ADRS.
Sensibilité/spécificité Une étude a comparé l’ADRS avec le diagnostic posé par un psychiatre. Avec un score inférieur ou égal à 9/32 comme seuil limite, comparé au diagnostic réalisé par le psychiatre, une sensibilité globale de 0,83 et une spécificité de 0,71 ont été relevées.
Est-ce que l’outil est sensible au changement ? N’a pas encore été évalué.
Acceptabilité L’ADRS ne devrait pas être utilisé avec les individus qui sont peut-être dépressifs mais qui n’ont pas subi d’AVC ou qui n’ont pas d’aphasie.
Faisabilité L’administration de l’ADRS est simple et rapide. Il n’est pas clairement indiqué qu’une formation est requise pour administrer l’ADRS. L’ADRS contient 9 items (insomnie, anxiété – psychique, anxiété – somatique, symptômes somatiques, hypocondrie, perte de poids, tristesse apparente, expression du visage et fatigabilité) et est cotée en additionnant les scores individuels de chacun d’entre eux.
Comment obtenir l’outil ? L’ADRS est disponible dans l’étude de Benaim et al. (2004) ou en cliquant ici.

Propriétés psychométriques

Résumé

Une recherche dans la littérature a été menée pour identifier toutes les publications pertinentes concernant les propriétés psychométriques de l’Aphasic Depression Rating Scale (ADRS). Cinq études ont été identifiées. Davantage d’études seront nécessaires avant d’en arriver à des conclusions définitives concernant la fidélité et la validité de cet outil.

Fidélité

Test-retest :
Benaim et al. (2004) ont examiné la fidélité test-retest de l’ADRS auprès de 15 patients en phase subaiguë de récupération d’un AVC et présentant de l’aphasie causée par cet AVC et admis sur l’unité de neuro-réadaptation. Les patients ont été évalués à deux reprises à un intervalle de deux semaines par la même équipe de réadaptation. Le niveau d’accord entre les items a été évalué avec des coefficients kappa et le niveau d’accord pour les scores globaux a été évalué avec des coefficients de corrélation. Les coefficients Kappa pour les 9 items étaient adéquats (kappa = 0,58 – allant de 0,33 à 1,00). Pour les scores globaux de l’ADRS, la corrélation était excellente (r = 0,89).

Inter-juges :
Benaim et al. (2004) ont examiné la fidélité inter-juges de l’ADRS auprès de 15 patients en phase subaiguë de récupération d’un AVC et présentant de l’aphasie causée par cet AVC et admis sur l’unité de neuro-réadaptation. Les patients ont été évalués à deux reprises à un intervalle de 24 heures par deux différentes équipes de réadaptation. Les coefficients kappa pour les 9 items étaient excellents (kappa = 0,69 – allant de 0,37 à 1,00). Pour les scores globaux de l’ADRS, la corrélation était excellente (r = 0,89).

Validité

Contenu :

Une équipe de 18 cliniciens en réadaptation a été interrogée concernant les comportements dépressifs les plus fréquemment observés chez les patients avec de l’aphasie. Six experts ont ensuite analysé trois échelles de mesure de la dépression déjà existantes et qui contenaient des items de comportements observables : la Hamilton Depression Rating Scale (HDRS) ; la Montgomery and Asberg Depression Rating Scale et la Salpetriere Retardation Rating Scale (SRRS). Seuls les items qui pouvaient être complétés sans entrevue, qui décrivaient les comportements dépressifs relevés par l’équipe et qui avaient été sélectionnés par au moins quatre experts, ont été retenus. Un total de 15 items a été sélectionné par les experts (Benaim et al., 2004).

Critère :

Concourante :
Benaim et al. (2004) ont examiné la validité concourante de l’ADRS. Les évaluations de la dépression par un psychiatre et les évaluations par les membres de l’équipe de réadaptation ont été utilisées comme références. Le test de Wilcoxon a été calculé pour trouver le meilleur modèle. La valeur du test de Wilcoxon était de 0,121 pour le modèle à 7 items, ce qui était une faible augmentation par rapport à 0,116 pour le modèle à 8 items. Le modèle a 7 items a donc été sélectionné : Tristesse apparente ; Insomnie-moyenne ; Anxiété-psychologique ; symptômes somatiques (gastro-intestinaux) ; Expression-lenteur dans la mobilité faciale ; Perte de poids et anxiété-somatique.

Prédictive :
N’a pas encore été examinée.

Construit :

Convergente :
Benaim et al. (2004) ont examiné la validité de construit de l’ADRS en la comparant à celle du dep-psy (score psychiatre de la dépression – 50 patients), et à celle du dep-rehab (scores des membres de l’équipe de réadaptation – 50 patients) et à celle de la Hamilton Depression Rating Scale (HDRS – 25 patients). Les corrélations entre l’ADRS et le dep-psy, le dep-rehab et la HRDS étaient excellentes (respectivement, r = 0,60, r = 0,78 et r = 0,77). Les coefficients de corrélation chez les patients avec un AVC de l’hémisphère droit seulement et ceux avec un AVC de l’hémisphère gauche seulement allaient d’adéquats à excellents (r = 0,58, r = 0,70 et r = 0,84 pour l’hémisphère droit ; r = 0,60, r = 0,86 et r = 0,64 pour l’hémisphère gauche). Les scores de l’ADRS sont mieux corrélés avec ceux du dep-psy et du dep-rehab (respectivement, r = 0,59 et r = 0,85) qu’avec ceux de la HDRS (respectivement, r = 0,40 et r = 0,59).

Factorielle :
Une analyse des composantes principales a été menée pour analyser la structure des 15 items sélectionnés lors de la validité de contenu. Six items ont été éliminés pour éviter les redondances et les 9 items restants ont été sélectionnés pour former la version finale de l’ADRS (Benaim et al., 2004).

Sensibilité au changement

Benaim et al. (2010) ont examiné la sensibilité au changement de l’ADRS et de la Visual Analog Mood Scale (VAMS) auprès de 49 patients présentant de l’aphasie causée par un AVC et admis dans des unités de réadaptation. Un psychologue formé a évalué les patients au départ de l’étude, en évaluant leur niveau de dépression sur une échelle de 0 (aucun symptôme de dépression) à 10 (symptômes de dépression très sévères). Il a de plus évalué les patients lors d’un suivi après 30 jours et a classifié leur statut comme «détérioré», «stable» ou «amélioré» ; les changements devaient être d’au moins un point sur 10 pour que le nouveau score soit considéré comme cliniquement différent. L’ADRS et la VAMS ont également été administrés au départ de l’étude et lors du suivi de 30 jours ; les scores de l’ADRS ont été convertis en une échelle de 10 points pour effectuer la comparaison. L’ADRS s’est avérée plus sensible que la VAMS pour détecter le changement chez les patients, démontrant une large ampleur de l’effet pour détecter la détérioration et l’amélioration (respectivement, 1,18 et -0,89) comparativement à une ampleur de l’effet petite et modérée pour la VAMS (respectivement, 0,42 et – 0,50). Les changements dans les scores de l’ADRS ont également démontré une excellente corrélation (r = 0,72) avec la sévérité de la dépression telle que notée par le psychologue qualifié sur une échelle de 0 à 10.

Sensibilité/Spécificité :
Benaim et al. (2004) ont examiné la sensibilité et la spécificité de l’ADRS auprès de patients ayant subi un AVC. Le seuil limite pour le diagnostic de la dépression a été calculé en comparant les scores de l’ADRS avec le diagnostic posé par un psychiatre (dépression vs absence de dépression). Avec un score inférieur ou égal à 9/32 comme seuil limite, comparé au diagnostic réalisé par le psychiatre, la sensibilité de l’ADRS était de 0,83 et la spécificité de 0,71.

Références

  • Benaim, C., Cailly, B., Perennou, D., Pelissier, J. (2004). Validation of the aphasic depression rating scale. Stroke, 35, 1696.
  • Benaim, C., Decavel, P., Bentabet, M., Froger, J., Pelissier, J. & Perennou, D. (2010). Sensitivity to change of two depression rating scales for stroke patients. Clinical Rehabilitation, 24, 251-257.
  • Dantchev, N., Widlocher, D. (1998). The measurement of retardation in depression. J Clin Psychiatry, 59, 19-25.
  • Hamilton, M. (1967). Development of a rating scale for primary depressive illness. Br J Soc Clin Psychol, 6, 278-296.
  • Montgomery, S. A., Asberg, M. (1979). A new depression scale designed to be sensitive to change. Br J Psychiatry, 134, 382-389.

Voir la mesure

Comment obtenir l’ADRS

L’ADRS est disponible dans l’étude de Benaim et al. (2004) ou en cliquant ici

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