Biofeedback – membre inférieur

Évidence révisées en date du 04-10-2011
Auteur(s)* : Robert Teasell, MD ; Norine Foley, BASc ; Sanjit Bhogal, MSc ; Jeffrey Jutai, PhD Csych ; Timothy Doherty, MD, PhD ; Jamie Bitensky, MSc OT ; Mark Speechley, PhD ; Chelsea Hellings, BSc ; Nicol Korner-Bitensky, PhD OT
Information aux patients/familles Table des matières

Introduction

Utilisé en clinique depuis les années 70, le biofeedback (BFB) est devenu un traitement utilisé couramment pour la réadaptation après un AVC. La régulation normale du tonus musculaire est perturbée par les dommages neuronaux centraux survenus après un AVC, ce qui peut avoir comme conséquence une diminution du fonctionnement musculaire. Bien que certaines voies motrices centrales puissent avoir été épargnées, celles-ci demeurent souvent relativement inutilisées. Les individus peuvent apprendre à utiliser ces dernières à l’aide du biofeedback électromyographique (BFB-EMG). L’utilisation du BFB-EMG en tant que moyen de traitement efficace pour les hémiparésies des membres supérieurs et inférieurs a été étudiée. Il s’agit en effet d’un aspect primordial de la réadaptation étant donné que l’hémiparésie du membre inférieur peut avoir comme conséquence des incapacités fonctionnelles et affecter les activités importantes de la vie quotidienne (p. ex. l’alimentation et l’habillage).

Information aux patients/familles

Auteurs: Jamie Bitensky, MSc.erg.; Geoffroy Hubert BSc. Lic. K.

Qu’est-ce que le biofeedback pour les membres inférieurs ?

Utilisé en clinique depuis les années 70, le biofeedback (BFB) est devenu un traitement généralement utilisé dans la réadaptation post-AVC. Le tonus musculaire peut être perturbé suite aux dommages causés aux nerfs centraux par un AVC. Ceci peut empêcher vos muscles de fonctionner convenablement. Avec le biofeedback électromyographique (BFB-EMG), vous pouvez prendre conscience de la contraction ou du relâchement de vos muscles. L’électromyographie ou EMG est faite avec un appareil comportant un ensemble d’électrodes placées sur la peau; les électrodes permettent de détecter les signaux électriques produits quand le muscle se contracte sous la peau à cet endroit. Ce signal électrique produit un feedback (rétroaction) visuel ou auditif quand votre muscle se contracte et selon l’intensité de cette contraction. Ce feedback peut aider votre rééducation en vous permettant de contracter ou de détendre vos muscles à volonté afin d’augmenter le contrôle musculaire volontaire.

Est-ce que cela fonctionne après un AVC ?

Les recherches ont prouvé que le biofeedback du membre inférieur peut mener à des améliorations de la capacité de marche, à augmenter l’amplitude de mouvements, ainsi qu’à améliorer la qualité des mouvements des membres inférieurs lors de la marche. Cette intervention peut également améliorer la capacité de marche en milieu plus naturel et plus fonctionnel, comme sur un trottoir ou dans la rue. Cependant, ces améliorations ne semblent pas améliorer l’exécution des activités quotidiennes ou la rigidité musculaire des membres inférieurs généralement présente après un AVC. Ces études n’ont mentionné aucun effet secondaire ou nocif pour le membre inférieur chez les clients qui ont subi un AVC; ce traitement semble donc être sécuritaire.

Qui offre cette intervention ?

Le biofeedback pour le membre inférieur est habituellement exécuté par un physiothérapeute. La plupart des centres de réadaptation et des cliniques privées sont équipés pour pratiquer des EMG.

Information aux cliniciens

Note : En passant en revue les résultats dans le tableau synoptique, il est important de noter qu’ils sont toujours faits selon les critères d’essais cliniques randomisés (ECR) – spécifiquement comparés à un groupe témoin. Pour clarifier, les individus recevant le traitement peuvent s’être améliorés comparativement à leur état avant ce traitement MAIS ne se sont pas améliorés sensiblement plus que ceux du groupe témoin (lorsque les deux groupes ont été comparés au moment de l’évaluation post-traitement). La conclusion que vous verrez alors est que le traitement n’est pas efficace voulant dire « plus efficace » que le traitement témoin auquel il a été comparé.

Dix ECR ont étudié l’efficacité du biofeedback comme traitement post-AVC pour les membres inférieurs. Le biofeedback a été examiné plus spécifiquement dans son utilisation pour le membre inférieur en vue de la récupération de la marche, de l’amplitude de mouvements, dans les activités de la vie quotidienne (AVQ), dans les déplacements fonctionnels, pour la force en flexion dorsale de la cheville, pour la spasticité et pour le contrôle postural. Dans huit de neuf essais contrôlés randomisés, des différences significatives ont été démontrées en faveur du traitement par biofeedback pour la plupart des mesures.

Tableau des résultats

Pour visualiser le tableau des résultats par auteurs (anglais seulement)

Résultats

Activités de la vie quotidienne (AVQ)
Inefficace
1B

Une seule étude de haute qualité a examiné le rapport entre les traitements de biofeedback et la capacité d’exécuter des activités de la vie quotidienne (AVQ) (Intiso et al. 1994). En utilisant l’indice de Barthel comme mesure de performance, cette étude n’a trouvé aucune différence significative entre les groupes. Un récent ECR de qualité acceptable a exploré l’utilisation du biofeedback pour le réentraînement de l’équilibre debout et son impact sur les AVQ. Heller et al.(2005) ont utilisé la mesure d’indépendance fonctionnelle (MIF) comme moyen d’évaluation. Des améliorations significatives ont été relevées dans les deux groupes; cependant aucune différence n’a été observée entre le groupe bénéficiant du traitement et le groupe témoin.

Conclusion : D’après les résultats d’un ECR de haute qualité et d’un ECR de qualité acceptable, il existe des données probantes modérées (niveau 1b) soutenant que les traitements de biofeedback pour les membres inférieurs ne sont pas efficaces pour favoriser la récupération fonctionnelle post-AVC des activités de la vie quotidienne (AVQ).

Amplitude de mouvements
Efficace
1A

Deux études de haute qualité ont examiné l’effet du biofeedback sur l’amplitude de mouvements du membre inférieur et toutes deux ont observé des différences significatives entre les groupes. Burnside et al. (1982) ont noté des améliorations significatives d’amplitude de mouvements chez ceux qui avaient reçu les traitements de biofeedback. Dans une recherche semblable, Bradley et al. (1998) ont constaté une augmentation sensible du mouvement actif chez les patients qui avaient reçu une combinaison de physiothérapie standard et de biofeedback. Un ERC de qualité acceptable (Basmajian et al. 1975) a trouvé une amélioration significative de l’amplitude de mouvements en flexion dorsale de cheville en faveur du groupe bénéficiant des traitements de biofeedback combiné avec de la physiothérapie standard. Un ECR de qualité acceptable récemment publié a exploré l’utilisation du biofeedback pour le réentraînement de l’équilibre debout et son impact sur la récupération motrice; les résultats ont été obtenus à l’aide de l’échelle de récupération motrice de Fugl-Meyer (Heller et al. 2005). Des améliorations significatives ont été relevées dans les deux groupes; cependant, aucune différence n’a été observée entre le groupe bénéficiant du traitement et le groupe témoin.

Conclusion : D’après les résultats de deux ECR de haute qualité et d’un ECR de qualité acceptable, il existe de fortes données probantes (niveau 1a) affirmant que les traitements de biofeedback améliorent l’amplitude de mouvements post-AVC.

Contrôle postural
Efficace
2A

Une étude de qualité acceptable (Engardt et al. 1993) a exploré l’effet des traitements de biofeedback pour améliorer le contrôle postural post-AVC, en utilisant des mesures telles que le assis-debout et le debout-assis. Des améliorations significatives ont été notées en faveur du traitement par biofeedback. Une autre étude de qualité acceptable (Wong et al. 1997) a constaté que le biofeedback a amélioré la capacité à maintenir la position. Un récent ECR de qualité acceptable a exploré l’utilisation du biofeedback pour le réentraînement de l’équilibre debout et son impact sur le contrôle postural. Heller et al. (2005) ont utilisé le Postural Assessment Scale for Stroke (PASS) comme moyen d’évaluation. Des améliorations significatives ont été relevées dans les deux groupes, cependant aucune différence n’a été observée entre le groupe bénéficiant du traitement et le groupe témoin. Conclusion importante : le groupe expérimental a montré des améliorations significatives dans la durée de maintien de la position sur le membre parétique par rapport au groupe témoin.

Conclusion : Il y a des données probantes limitées (niveau 2a) issues de trois études de qualité acceptable suggérant que les traitements de biofeedback sont efficaces pour améliorer le contrôle postural post-AVC.

Déplacements fonctionnels
Efficace
1B

Deux ECR ont étudié le rapport entre les traitements de biofeedback et les déplacements fonctionnels post-AVC. Une étude de qualité acceptable(Mandel et al. 1990) a constaté que les vitesses de marche avaient augmenté plus rapidement chez des patients traités avec une combinaison de biofeedback et de physiothérapie conventionnelle. Une étude de haute qualité (Intiso et al. 1994) a également noté une amélioration significative des capacités de marche chez ceux qui avaient reçu des traitements de biofeedback. Un ECR de qualité acceptable récemment publié a exploré l’utilisation du biofeedback pour le réentraînement de l’équilibre debout et son impact sur les déplacements fonctionnels. Heller et al. (2005) ont utilisé Functional Ambulation Categories et walking speed comme moyens d’évaluation. Des améliorations significatives ont été relevées dans les deux groupes; cependant aucune différence n’a été observée entre le groupe bénéficiant du traitement et le groupe témoin.

Conclusion : D’après les résultats d’un ECR de haute qualité, il existe des données probantes modérées (niveau 1b) soutenant que les traitements de biofeedback pour les membres inférieurs peuvent améliorer les déplacements fonctionnels post-AVC.

Force de flexion dorsale
Efficace
1B

Deux ECR ont étudié l’efficacité des traitements de biofeedback pour améliorer la force en flexion dorsale de la cheville post-AVC. Une étude de haute qualité (Burnside et al. 1982) a démontré une différence significative entre les groupes, suggérant que les traitements de biofeedback pour les membres inférieurs aident à améliorer la force en flexion dorsale de la cheville post-AVC. Un ECR de qualité acceptable (Basmajian et al. 1975) a également examiné la force en flexion dorsale de la cheville et a observé des différences significatives entre les groupes.

Conclusion : D’après les résultats d’un ECR de haute qualité, il existe des données probantes modérées (niveau 1b) soutenant que la force en flexion dorsale de la cheville post-AVC peut être améliorée par des traitements de biofeedback au niveau des membres inférieurs.

Récupération de la marche
Efficace
1A

Deux ECR de haute qualité qui ont étudié l’utilisation du biofeedback comme traitement au niveau des membres inférieurs pour améliorer la récupération post-AVC de la marche ont démontré des différences significatives entre les groupes. Morris et al. (1992) et Burnside et al. (1982) ont trouvé que la récupération de la marche s’améliorait sensiblement chez les patients qui avaient bénéficié des traitements de biofeedback. Un ECR de haute qualité (Cozean et al. 1988) a démontré les meilleurs gains dans le cycle de marche et la longueur des pas chez les participants qui avaient bénéficié des traitements de biofeedback en combinaison avec de la stimulation électrique fonctionnelle (SEF). Un ECR de qualité acceptable récemment publié a exploré l’utilisation du biofeedback pour l’entraînement de l’équilibre debout et son impact sur le schéma de marche, en utilisant le système de Vicon® pour évaluer les paramètres spatio-temporels de la marche (Heller et al. 2005). Des améliorations significatives pour les deux groupes ont été démontrées; cependant aucune différence n’a été observée entre le groupe bénéficiant du traitement et le groupe témoin.

Conclusion : D’après les résultats de trois ECR de haute qualité, il existe de fortes données probantes (niveau 1a) affirmant que le biofeedback améliore la récupération de la marche post-AVC.

Spasticité
Inefficace
1B

Une étude de haute qualité (Intiso et al. 1994) a étudié le rapport entre les traitements de biofeedback pour les membres inférieurs et la spasticité post-AVC. Sur l’échelle d’Ashworth, aucune différence significative n’a été notée entre les groupes. D’autres ECR de qualité acceptable récemment publiés ont exploré l’utilisation du biofeedback pour le réentraînement de l’équilibre debout et son impact sur la spasticité, à l’aide de l’échelle d’Ashworth (Heller et al. 2005). Aucune amélioration significative n’a été relevée dans les deux groupes cependant aucune différence n’a été observée entre le groupe bénéficiant du traitement et le groupe témoin.

Conclusion : D’après les résultats d’un ECR de haute qualité et d’un ECR de qualité acceptable, il existe des données probantes modérées (niveau 1b) soutenant que la spasticité n’est pas améliorée par les traitements de biofeedback sur le membre inférieur.

Références

Basmajian JV, Kukulka CG, Narayan MG, Takebe K. (1975). Biofeedback treatment of foot-drop after stroke compared with standard rehabilitation technique: effects on voluntary control and strength. Arch Phys Med Rehabil, 56, 231-236.

Bradley L, Hart BB, Mandana S, Flowers K, Riches M, Sanderson P. (1998). Electromyographic biofeedback for gait training after stroke. Clin Rehabil, 12, 11-22.

Burnside IG, Tobias HS, Bursill D. (1982). Electromyographic feedback in the remobilization of stroke patients: a controlled trial. Arch Phys Med Rehabil, 63, 217-222.

Cozean CD, Pease WS, Hubbell SL. Biofeedback and functional electric stimulation in stroke rehabilitation. Arch Phys Med Rehabil 1988; 69: 401-405

Engardt M, Ribbe T, Olsson E. (1993). Vertical ground reaction force feedback to enhance stroke patients’ symmetrical body-weight distribution while rising/sitting down. Scand J Rehabil Med, 25(1), 41-8.

Heller F., Beuret-Blanquart F., & Weber, J. (2005). [Postural biofeedback and locomotion reeducation in stroke patients]. Ann Readapt Med Phys, 48(4), 187-195.

Intiso D, Santilli V, Grasso MG, Rossi R, Caruso I. (1994). Rehabilitation of walking with electromyographic biofeedback in foot-drop after stroke. stroke, 25, 1189-1192.

Mandel AR, Nymark JR, Balmer SJ, Grinnell DM, O’Riain MD. (1990). Electromyographic versus rhythmic positional biofeedback in computerized gait retraining with stroke patients. Arch Phys Med Rehabil 71, 649-654.

Morris ME, Matyas TA, Bach TM, Goldie PA. (1992). Electrogoniometric feedback: its effect on genu recurvatum in stroke. Arch Phys Med Rehabil, 73, 1147-1154.

Wong AM, Lee MY, Kuo JK, Tang FT.(1997).The development and clinical evaluation of a standing biofeedback trainer. J Rehabil Res Dev, 34, 322-327.

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